La parade amoureuse des dinosaures à plumes

La parade amoureuse des dinosaures à plumes

Il semble bien que, chez les dinosaures à plumes, il y ait eu l’équivalent de nos actuels paons ou dindons. C’est en tout cas la surpre­nante conclusion d’une étude menée par deux chercheurs canadiens et un américain sur les queues fossilisées de plusieurs oviraptors («voleurs d’œufs»), les ancêtres des oiseaux. Leur étude est publiée dans la revue Acta Paleontologica Polonica.

Les oviraptors étaient des dinosaures bipèdes, en majorité herbivores, d’une taille comprise, selon les espèces, entre 70 cm et 8 m. Ils vivaient il y a entre 200 et 65 millions d’années, et leurs fossiles ont été découverts en Chine, en Mongolie et au Canada. Ils sont souvent représentés avec une crête sur la tête mais tous n’en possédaient pas. Leur queue, moins longue que celle des autres dinosaures, pouvait comporter plus d’une trentaine de vertèbres. Et c’est précisément à celles-ci que Scott Persons, paléontologue de l’université d’Alberta, et ses collègues se sont intéressés.

Première observation, les dernières vertèbres de la queue sont soudées entre elles, comme chez les oiseaux actuels, qui sont les seuls animaux modernes à posséder ce type de structure osseuse, appelé pygostyle. Elle permet de former un point de fixation pour un éventail de longues plumes. On retrouve ce dispositif chez les plus anciens oviraptors connus (Similicaudiptery) qui comportent des traces de plumes. Et même si aucune empreinte de plumes n’a été trouvée dans les fossiles plus ­récents (jusqu’à 45 millions d’années plus tard), les chercheurs estiment qu’il y a suffisamment d’indices pour penser qu’ils devaient en posséder.
Étude canadienne

Deuxième observation, les vertèbres de la base de la queue, petites et nombreuses, montrent qu’elle pouvait être très mobile, de haut en bas et de droite à gauche, et qu’elle avait une fonction d’aide à la locomotion terrestre. En comparant ce dispositif à celui de rep­tiles et d’oiseaux modernes, les chercheurs en ont conclu que la queue des oviraptors devait avoir les mêmes ­possibilités de mouvement. La seconde partie de l’étude a consisté à recréer les muscles de la queue de ces dinosaures. Par des techniques très sophistiquées faisant intervenir entre autres des logiciels informatiques, ils ont pu reconstituer précisément la taille (avec volume et masse) et la position des muscles de cette queue. Résultat, les oviraptors avaient la possibilité de redresser complètement le bout de leur queue, et donc les longues plumes qui y étaient attachées.

Une étude canadienne antérieure avait déjà montré que certains dino­saures avaient également des plumes sur les membres antérieurs, faisant penser à de petites ailes. Et l’hypothèse avait déjà été avancée que ce pouvait être un ornement pour des rituels de séduction et d’accouplement. Car ces dinosaures à plumes ne pouvaient pas voler. «Avec leur crête sur la tête et leur queue pourvue de longues plumes, on ne peut que penser que les oviraptors avaient une certaine propension à l’exhibitionnisme visuel», estime pour finir Scott Persons.

Peu avant la fin du temps des dinosaures, il y a 65 millions d’années, d’autres espèces avaient développé des plumes, soit pour voler, soit pour une protection thermique. Mais la parade amoureuse des oviraptors, ce devait vraiment être quelque chose…

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