Bahreïn : la révolte oubliée des printemps arabes

Bahreïn : la révolte oubliée des printemps arabes

Lors de manifestations marquant le deuxième anniversaire de la révolte des chiites, majoritaires dans ce petit royaume pétrolier régi par une monarchie sunnite, un policier et un manifestant de 16 ans ont été tués.

Un groupe de manifestants antigouvernementaux, cocktails Molotov à la main.

Hussein al-Jaziri, 16 ans, est mort jeudi, touché par des tirs de chevrotine à la poitrine dans le village de Daih. Il faisait partie des centaines de manifestants descendus dans la rue de plusieurs villages chiites. Ils répondaient à l’appel, lancé sur les réseaux sociaux, du Collectif du 14 février, un groupe clandestin radical. Le but était de commémorer le deuxième anniversaire de la révolte, qui a déjà fait plus de 80 morts selon les ONG de défense des droits de l’homme. Dans la nuit, c’est un policier qui est mort après avoir été touché par un projectile incendiaire lancé par des manifestants dans le village chiite d’al-Sahla, près de Manama.

Sur le foulard de cette femme est inscrit : « Prête à mourir pour le Bahreïn ».

C’est la révolte oubliée des printemps arabes. Elle a pourtant commencé un mois avant celle des Syriens, et trois jours avant celle des Libyens. Mais aujourd’hui, nul n’appelle le roi du Bahreïn à démissionner, ni ne reçoit les opposants bahreïniens. Au contraire, l’intervention, dès le début de la contestation, de l’Arabie saoudite voisine, est discrètement validée par les Européens et les Américains. Le 14 mars, 4000 soldats, principalement saoudiens, avec un soutien des Émirats arabes unis, sont venus prêter main-forte au roi Hamad Ben Issa al-Khalifa. Ils ont mis fin brutalement à l’occupation d’une place de la capitale, Manama, inspirée par la place Tahrir du Caire.

La menace iranienne au premier plan

Les armées étrangères ont été présentées comme une force destinée à protéger le Bahreïn contre la menace iranienne. L’Europe et les États-Unis ont avalisé cette vision, privilégiant leurs intérêts stratégiques. Seul pays du Golfe à être touché par le printemps arabe, le Bahreïn abrite l’état-major de la cinquième flotte américaine. Il joue un rôle important dans l’endiguement de l’Iran, situé juste en face. Le roi présente la révolte populaire comme une insurrection confessionnelle dangereuse pour l’équilibre de la région. Près de 80 % de ses 1.340.000 habitants sont chiites comme en Iran. S’il était renversé, assure le monarque, c’est un État allié de l’Iran qui s’installerait au cœur du golfe Arabo-Persique.

Sur les affiches de celles-ci, à Manama, la capitale, on peut lire : « Cessez de verser noter sang ».

Les Saoudiens, principaux alliés des États-Unis dans la région, ont renchéri. Ils ne sauraient tolérer un État chiite si près de leur territoire. Ils craignent l’influence sur leur propre population chiite, elle aussi contestataire, dans les régions pétrolières proches du Bahreïn.

Les opposants bahreïniens se défendent de toute alliance avec l’Iran. Ils soulignent que même la commission « indépendante » désignée par le roi a conclu à l’absence d’influence iranienne sur les manifestants. L’opposition affirme que la mobilisation saoudienne est surtout due à la crainte de Riyad de voir émerger une véritable démocratie sur son palier. Les opposants assurent que leur révolte est surtout sociale, tout en retournant l’argument confessionnel contre le roi. Pour eux, c’est la monarchie qui discrimine les chiites majoritaires, accaparant pour elle-même et pour ses amis le pouvoir politique et économique.

Au cours des affrontements, dans la ville de Sanabis, un homme s’apprête à lancer son cocktail Molotov.

Un embryon de système démocratique

Il existe bien un embryon de système démocratique. Le principal parti d’opposition, al-Wifaq, a même remporté largement les élections législatives de 2010 avec 64 % des voix. Mais à cause d’un découpage défavorable, il n’a obtenu que 16 sièges sur les 40 soumis au suffrage universel. La réalité du pouvoir reste entre les mains de la famille royale, qui truste les portefeuilles ministériels. Les partis légaux demandent la fin de la discrimination et une véritable monarchie constitutionnelle. Ils pourraient cependant se voir déborder par une opposition plus radicale, clandestine, qui réclame une république. Jeudi, dans les villages chiites, des manifestants ont repris le slogan des révolutions arabes : « Le peuple veut la chute du régime. »

Face aux manifestants, les forces de l’ordre.

Le gouvernement, inquiet de voir la contestation perdurer, vient de reprendre un « dialogue national » avec l’opposition légale, des membres de la société civile et les partis sunnites favorables au pouvoir. Mais l’état d’urgence est toujours en vigueur, et des dizaines de prisonniers politiques restent enfermés, dont 13 militants condamnés à des peines allant de cinq ans à la perpétuité. Amnesty International, qui a pu enquêter sur place, a conclu, dans un rapport publié jeudi, qu’aucun de ces détenus n’avait « encouragé ou utilisé la violence » et « qu’aucune preuve convaincante ne justifie leur incarcération. » L’ONG demande leur libération immédiate. Une manifestation en leur faveur a eu lieu jeudi à Paris.

(Pierre Prier, LeFigaro.fr, 15 février 2013)

Les protestations s’intensifient à l’anniversaire du soulèvement

MANAMA — L’opposition à Bahreïn se prépare à intensifier ses protestations à l’occasion du deuxième anniversaire du soulèvement maté dans cette monarchie du Golfe, même si le gouvernement a tenté d’appaiser les tensions en lançant un dialogue national.

Des manifestants à Sanabis au Bahreïn, le 12 février 2013

La police bahreïnie a dispersé mardi soir des centaines de manifestants qui ont tenté de s’approcher de la Place de la perle, symbole du soulèvement maté il y a deux ans à Manama, selon des témoins. Les policiers ont lancé des grenades lacrymogènes et des bombes assourdissantes pour faire reculer les manifestants, dont des femmes, qui brandissaient des drapeaux bahreïnis.

Le “Collectif du 14 février”, un groupe clandestin radical qui orchestre la mobilisation via les réseaux sociaux, a appelé à des manifestations devant culminer vendredi par une tentative de revenir sur la “Place de la perle”, symbole du soulèvement du 14 février 2011.

Les opposants, en majorité chiites, avaient campé pendant un mois sur cette place de Manama pour réclamer des réformes politiques. À la mi-mars, ils en avaient été délogés lors d’un sanglant assaut des forces de sécurité. Les autorités avaient par la suite rasé le monument central de la place et continuent d’en bloquer tous les accès.

Le “Collectif du 14 février” a également appelé sur sa page Facebook à une “grève générale de la dignité” jeudi, jour anniversaire du soulèvement.

Pour sa part, l’opposition traditionnelle dirigée par la puissante formation chiite Al-Wefaq, qui organise des protestations quotidiennes dans le calme depuis une semaine pour commémorer le soulèvement, a appelé à une importante manifestation vendredi dans les localités chiites des environs de Manama.

“Malheureusement, nous nous attendons à une escalade”, affirme la ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement, Samira Rajab. “Il y a une tentative délibérée de provoquer des victimes, afin de faire pression sur le dialogue”, assure la ministre à l’AFP. Le gouvernement avait lancé dimanche une nouvelle session du dialogue national regroupant l’opposition, les groupes sunnites pro-gouvernementaux et le pouvoir, pour tenter de débloquer la situation. (…)

Des femmes participent à une manifestation anti-gouvernementale le 12 février 2013 à Sanabis, près de la capital Manama

Deux ans après le soulèvement (…) l’opposition traditionnelle est soumise à la pression de la rue qui se radicalise, des affrontements opposant régulièrement de jeunes manifestants dans les villages chiites aux forces de sécurité.

Interrogé sur cette radicalisation, cheikh Salmane reconnaît que “beaucoup de gens pensent que le régime n’est pas sérieux dans son appel à relancer le dialogue, et nous estimons qu’ils ont en partie raison”. “Ils sont frustrés par ce dialogue et par l’attitude du gouvernement, et par conséquent certains réclament la chute du régime”, ajoute-t-il. “Le pouvoir n’a fait aucun geste de bonne volonté, au contraire les arrestations, les procès, les restrictions des libertés continuent”, souligne l’opposant, selon lequel 1.800 personnes demeurent en détention pour participation aux troubles, un chiffre jugé “exagéré” par Mme Rajab. (…)

(Wissam Keyrouz, AFP, 13 février 2013)

Bahreïn : nouvelle manifestation au lendemain de heurts ayant fait 2 morts

L’opposition à Bahreïn organise vendredi une nouvelle manifestation près de Manama, au lendemain d’affrontements ayant fait deux morts lors des commémorations du 2e anniversaire du soulèvement animé par la majorité chiite qui réclame des réformes démocratiques.

La manifestation, prévue en milieu d’après-midi sur Boudaya, une route reliant plusieurs villages chiites, survient sur fond de vive tension dans ce petit pays du Golfe dirigé par une dynastie sunnite et confronté depuis deux ans à une crise politique.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé la mort dans la nuit d’un policier, touché par un projectile incendiaire lancé par des manifestants lors d’affrontements à Al-Sahla, un village chiite près de Manama.

En outre, a ajouté le ministère, une unité de la lutte anti-terroriste a désamorcé jeudi soir une bombe de près de deux kilogrammes, placée sur le pont-digue du roi Fahd, sans donner plus de détails. Ce pont relie depuis 1986 Bahreïn à la province Orientale d’Arabie saoudite où se concentre la minorité chiite de ce royaume à majorité sunnite.

“Le policier Mohamed Atef, touché par un projectile incendiaire tiré à distance et qui l’a grièvement blessé, a succombé avant son arrivée à l’hôpital”, a déclaré le chef de la police, le général Tarek al-Hassan. “Des groupes terroristes” ont lancé des cocktails Molotov, des barres de fer et des pierres en direction des policiers qui sécurisaient des routes et protégeaient des biens publics et privés à Al-Sahla, a-t-il ajouté.

Sa mort est intervenue au terme d’une journée d’affrontements dans plusieurs villages chiites, au cours desquels un jeune protestataire a été tué. Hussein al-Jaziri, 16 ans, est mort après avoir été grièvement blessé, notamment à la poitrine, par des tirs à la chevrotine, lors d’affrontements avec les forces anti-émeutes dans le village de Daih, selon la principale formation de l’opposition chiite, Al-Wefaq. Le parquet, cité par l’agence de presse officielle BNA, a annoncé qu’il interrogeait deux policiers soupçonnés d’implication dans la mort du protestataire. “Hussein al-Jaziri a été tué de sang froid”, a accusé l’opposition, déplorant “des dizaines de blessés et plusieurs arrestations illégales”.

“Le peuple est déterminé à obtenir ses droits légitimes pacifiquement (…) pour une transition démocratique”, a ajouté dans un communiqué l’opposition, qui réclame notamment une monarchie constitutionnelle, un gouvernement issu d’élections et la fin de la discrimination confessionnelle.

Des centaines de personnes étaient descendues dans la rue jeudi dans plusieurs villages chiites, aux cris de : “Le peuple veut la chute du régime” ou “À bas Hamad”, le roi de Bahreïn.

Les forces anti-émeutes, déployées en force, ont fait usage de gaz lacrymogène et tiré à la chevrotine contre les manifestants, qui leur lançaient des pierres et des cocktails Molotov.

Les protestataires ont bloqué les accès des villages avec des pneus en feu, des troncs d’arbres ou des bennes à ordures, selon des témoins.

Les heurts se sont poursuivis par intermittence jusqu’aux premières heures de vendredi dans certains villages où des protestataires ont fait exploser des bonbonnes de gaz, ont indiqué des habitants contactés par téléphone.

Les manifestants répondaient à un appel à la grève générale et à la désobéissance civile jeudi, lancé par le Collectif du 14-Février, un groupe clandestin radical qui orchestre la mobilisation via les réseaux sociaux.

La contestation, déclenchée en 2011, s’est soldée par 80 morts selon la Fédération internationale des droits de l’Homme. Plusieurs dirigeants de l’opposition sont emprisonnés depuis.

(AFP, 15 février 2013)

Bahreïn : le savoir-faire français au service de la répression

Paris a envoyé grenades lacrymogènes et CRS pour former les forces antiémeute du royaume du Golfe. Or elles tuent les manifestants depuis deux ans.

Des manifestants bahreïnis submergés de gaz lacrymogène tiré par les forces de sécurité du royaume, lors d’un rassemblement dans un village chiite, près de Manama, le 23 avril 2012.

Le fâcheux précédent tunisien, au cours duquel Michelle Alliot-Marie, alors chef de la diplomatie française, avait proposé au régime de Ben Ali le “savoir-faire” français en matière de sécurité pour mieux maîtriser les manifestants, semble se répéter dans un autre pays touché par le Printemps arabe : le royaume de Bahreïn. C’est en tout cas ce que révèle Jean-Marc Manach sur son blog Bug Brother du Monde.fr. D’après ce journaliste, des agents antiémeute toxiques français permettraient aux forces de sécurité bahreïnies de réprimer les manifestants chiites de ce minuscule royaume du Golfe.

Lassée par une sous-représentation à la tête du pays, la majorité chiite (à 70 %) de cet État de 1’230’000 habitants (dont 550’000 nationaux) manifeste au quotidien depuis deux ans jour pour jour contre le pouvoir sunnite dont il exige des élections libres et la fin des discriminations à son encontre. Mais Manama a décidé d’employer la manière forte pour étouffer toute velléité démocratique. Sur les 87 morts recensés depuis février 2011, 43 seraient ainsi décédés des suites de leur exposition au gaz lacrymogène, dont deux — un jeune garçon de huit ans et un vieillard de 87 ans — encore récemment.

Des grenades lacrymogènes dans les maisons

“Des grenades lacrymogènes ont été directement tirées sur les contestataires, et jusqu’à l’intérieur de leur domicile”, explique au Point.fr Reda al-Fardan, militant bahreïni du site bahrainwatch.org, qui a publié les photos de ces grenades. “Outre les projectiles américains et britanniques, nombre de cartouches grises et reconnaissables à leur tête rouge appartiennent à la même marque : le français Alsetex”, ajoute-t-il. “Un grand nombre de grenades lacrymogènes françaises retrouvées place de la Perle (place centrale de Manama)”, confirme au Point.fr Aymeric Elluin, responsable de la campagne “Armes et Impunité” chez Amnesty International. “Le problème est qu’elles sont mal utilisées par les forces de sécurité bahreïnies [sic – NdJL], de sorte qu’elles tuent autant que des armes à feu.”

Contactée par Le Point.fr, la marque française Alsetex, spécialiste de la “gestion démocratique des foules” et qui a depuis pris le soin de supprimer de son site internet les modèles incriminés, affirme être soumise à une obligation de confidentialité tout en précisant que toute exportation à l’étranger est soumise à une autorisation du gouvernement français. Du côté gouvernemental, on assure que, “suite à l’affaire tunisienne, l’exportation de l’ensemble des produits pour le maintien de l’ordre vers Bahreïn a cessé le 17 février 2011″, tout en rappelant que la France a été parmi les premiers pays à prendre cette mesure unilatérale.

L’aide de l’Arabie saoudite

Pourtant, d’après le militant bahreïni Reda al-Fardan, “des gaz lacrymogènes de marque Alsetex ont bel et bien été observés dans le pays jusqu’à mars 2012″. “Si de telles cartouches françaises ont été retrouvées dans le royaume, il s’agit peut-être de stocks”, indique-t-on à Paris. D’après le chercheur Jean-Paul Burdy [auteur du blog Questions d’Orient], professeur d’histoire à l’Institut d’études politiques de Grenoble, ces cartouches françaises pourraient provenir de pays tiers comme l’Arabie saoudite ou le Qatar, membres avec Manama du Conseil de coopération du Golfe.

Personne n’a oublié qu’en plein cœur du Printemps de la Perle le royaume avait fait appel à 1000 soldats saoudiens et 500 émiratis pour lui venir en aide. “Nos exportations de matériel de maintien de l’ordre contiennent des clauses de non-réexportation, tout ne peut pas être contrôlé”, admet-on de source gouvernementale. Mais la mouture 2012 du rapport annuel du Parlement français sur les exportations d’armes françaises relance la suspicion autour de nouvelles ventes françaises de gaz lacrymogène à Bahreïn après le 17 février 2011.

Exportations de matériel de guerre

D’après ce document, la France a obtenu en 2011 neuf autorisations d’exportation de matériel de guerre (AEMG) vers Bahreïn pour un montant d’environ 17 millions d’euros, dont 421’000 euros concernent des agents chimiques toxiques “antiémeute” de catégorie ML7. Pour Amnesty International, cette dernière classification peut correspondre à du gaz lacrymogène. Du côté gouvernemental, on assure au contraire qu’il s’agit “uniquement de matériel d’alerte biologique et de détection chimique”.

Le rapport 2012 fait également état de 16 millions d’euros d’AEMG de type ML4 (missiles, roquettes, bombes) et de 500’000 euros d’AEMG de classe ML5 (radar). “Il est problématique de vendre des armes à des régimes dictatoriaux dont on sait qu’ils répriment leurs manifestants”, estime le député français Pouria Amirshahi, secrétaire de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. À Paris, on rappelle qu’aucun embargo sur les ventes d’armes de guerre ne vise Bahreïn et que chaque matériel passe au préalable en “commission interministérielle des exportations des matériels de guerre”. “Le royaume n’est pas du tout dans le même registre qu’un pays comme la Syrie, souligne-t-on. On parle ici de maintien de l’ordre, pas de guerre civile.”

Guerre de faible intensité

“Bahreïn connaît depuis deux ans un état de guerre de faible intensité”, estime pourtant le chercheur Jean-Paul Burdy. “Les jeunes tiennent les quartiers chiites de la conurbation de Manama, et la police ne peut y pénétrer que par des coups de force.” À en croire ce spécialiste du royaume, qui se rend régulièrement à Bahreïn, les forces de l’ordre agiraient par pure vengeance en ciblant délibérément l’intérieur des domiciles et voitures des opposants, faute de pouvoir contenir les manifestations quotidiennes qui se poursuivent.

Si l’ambassadeur de France pour les droits de l’homme, François Zimeray s’est déplacé en décembre dans la monarchie du Golfe pour lui rappeler qu’il ne faut pas incarcérer des militants pour des propos tenus sur Twitter, ni des médecins parce qu’ils avaient soigné des manifestants, l’ambassadeur de France en poste à Bahreïn, Christian Testot, a par la suite assuré le royaume que la coopération entre les deux alliés n’était pas remise en cause. Il ne faut pas oublier que le roi du Bahreïn a été reçu en catimini par François Hollande à l’Élysée en août dernier pour évoquer un renforcement de cette même coopération.

Trouble jeu de la France

“On ne comprend pas les signaux divergents successivement envoyés à Bahreïn par le gouvernement français, s’insurge le militant Reda al-Fardan. Ce qui est sûr, c’est que Manama n’a aucune raison de mettre fin à la répression lorsque le roi obtient du président français une telle légitimité internationale.” En août dernier, l’agence de presse officielle BNA annonçait que les domaines futurs de coopération entre les deux pays toucheraient la presse, la politique, l’éducation, la culture, la technologie et la défense.

“Défense ne veut pas dire maintien de l’ordre”, insiste-t-on à l’Élysée. De son côté, le Quai d’Orsay indique qu’un haut comité de coordination s’est récemment réuni en séance de travail pour identifier les futurs domaines de collaboration. Le ministère des Affaires étrangères rappelle également qu’un accord de coopération militaire lie déjà les deux pays depuis 2009 dans le cadre des opérations de piraterie dans l’océan Indien, mais également de la formation de la garde royale bahreïnie. Celle-ci ne serait pourtant pas le seul corps armé qui bénéficie du “savoir-faire” français.

Un régime répressif depuis 2005

Comme Le Point.fr le révélait en février 2011, les forces antiémeute de Bahreïn, en action depuis le début du Printemps de la Perle, ont été formées par des policiers français issus des compagnies républicaines de sécurité (CRS), en vertu d’un accord de coopération en matière de sécurité intérieure signé en novembre 2007 à Paris. À la Direction générale de la police nationale, on assure que la dernière opération de gestion démocratique des foules à Barheïn date de 2008.

“C’est une opération intéressante, car elle privilégie l’emploi d’armes non létales, ce qui est un plus dans ces pays-là”, indique une autre source proche du dossier. “Le royaume de Bahreïn est connu pour faire un usage excessif de la force depuis 2005″, rappelle pour sa part Aymeric Elluin, d’Amnesty International. “Et cela concerne à chaque fois l’usage de grenades lacrymogènes.”

(Armin Arefi, LePoint.fr, 14 février 2013)

Publicités

Étiquettes : , ,

About theonlydoo

Blogging

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :