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TIBET • La résistance au quotidien | Courrier

TIBET • La résistance au quotidien | Courrier international.

Après la répression de l’action collective, les Tibétains ont trouvé à travers le mouvement Lhakar une autre façon de militer, sur un mode à la fois plus individuel et plus culturel.
Lhakar, “Mercredi blanc”. – Calligraphie www.tibetan-calligraphy.com
Lhakar, “Mercredi blanc”.
Calligraphie www.tibetan-calligraphy.com

La pauvreté jouxte les déchets

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La pauvreté jouxte les déchets.

Au Tibet, « même se suicider est puni »

Au Tibet, « même se suicider est puni »

La nuit venait de tomber sur Kangtsa. Il devait être 20 heures, se souviennent les habitants de ce village reculé de l’Amdo, le Nord-Est tibétain, aujourd’hui intégré pour l’essentiel à la province chinoise du Qinghai. A 3700 mètres d’altitude, la soirée est déjà glaciale, le 19 novembre 2012. Les habitants ne s’attardent pas à l’extérieur. 

Il n’empêche, trois personnes assistent malgré elles à la scène, devant le petit monastère qui héberge 40 religieux, au coeur de ce hameau d’éleveurs de yaks et de chèvres. Un homme déverse sur lui un bidon d’essence. Il gratte une allumette et s’embrase. Les trois témoins ne savent comment réagir. « Ils ont pris peur », raconte un voisin.

Les hurlements brisent le silence nocturne sur ce haut plateau aride. Les villageois se pressent alors sur la courte allée, la seule pavée, qui relie le stupa blanc et les moulins à prières, à l’entrée du petit monastère au toit doré. La famille de Wangchen Norbu se précipite à son tour. « Ils ont crié: « C’est notre garçon! C’est notre garçon! » » rapporte un témoin. Mais il était déjà mort. A 25 ans, pas encore marié, Norbu était plutôt discret. Il fut le 77e Tibétain à s’immoler depuis 2009.

L’hémorragie se poursuit, et s’aggrave: le bilan atteint déjà plus de 110 personnes, dont 1 sur 2 a tenté de se tuer dans les cinq derniers mois. Le 19 février dernier, dans la province du Sichuan, deux jeunes de 17 et 18 ans, anciens camarades de classe à l’école primaire, se sont suicidés ensemble par les flammes. Dix jours avant que Norbu se donne la mort, les villageois avaient organisé une discrète veillée de prière à la mémoire des sacrifiés.

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(Wangchen Norbu, 25 ans,a été le 77e Tibétai nà s’immoler depuis 2009.)

Les corps des immolés sont saisis par les autorités

Cet ami fut choqué de constater que Norbu était passé à l’acte, à son tour. Même entre proches, chacun hésite à évoquer le sujet: « Nous ne parlons pas du problème tibétain entre nous. » Le gouvernement chinois a mis en place un réseau de délateurs; la parole d’un homme, même dans un village reculé, peut conduire en prison. 

Voilà pourquoi, sans doute, la famille du défunt ne nous dira pas un mot. Un khata blanc, symbole de coeur pur et parfois de deuil, reste accroché à la porte de la maison. A l’intérieur, même les enfants qui apprennent le mandarin à l’école feignent de ne pas comprendre cette langue, tandis qu’une femme récite sans discontinuer ses prières en servant du thé. Une photo rappelle simplement que Norbu vivait ici. 

Ses proches ont raison de se murer dans le silence. A une vingtaine de kilomètres de là, autour du grand monastère de Rebkong, la police a effectué une descente, le 8 février dernier, et détenu 70 personnes. 12 ont été formellement arrêtées. L’action policière est une forme de représailles, car huit Tibétains s’étaient donné la mort dans ce centre religieux.

La Chine impute la responsabilité de ces suicides à la « clique » du dalaï-lama -le leader spirituel des Tibétains, exilé dans l’Inde voisine- comme on accuserait Al-Qaïda d’être derrière un attentat. Blâmer les conspirateurs étrangers a le mérite de légitimer une nouvelle vague répressive plutôt que de s’interroger sur un éventuel échec à convaincre sa minorité la plus turbulente. D’autant que l’opinion chinoise n’est pas très regardante. Depuis l’avènement des microblogs, certes, beaucoup d’internautes s’en prennent chaque jour au pouvoir en place, accusé de corruption et d’autres dérives. 

La majorité des Chinois, toutefois, a appris à lire le problème tibétain comme une question d’unité patriotique face au conspirateur étranger qui voudrait déchirer l’empire. Sans vergogne, les médias du Parti communiste, le peu de fois où ils les évoquent, s’efforcent de trouver un motif à chacun des suicides: un était alcoolique, un étudiant ne parvenait plus à surmonter le stress, une femme avait couché avec plusieurs hommes puis divorcé, un autre « cherchait la gloire »…

Les habitants de la région racontent une tout autre histoire. « Notre problème, c’est que nous avons perdu notre liberté à cause des Chinois, rectifie un habitant de Kangtsa. Et il n’y a aucune possibilité de se plaindre. Les gens se tuent, car ils n’ont plus d’autre moyen de montrer leur désespoir. Même se suicider est puni. » 

Après son décès, le cadavre carbonisé de Wangchen Norbu fut placé sous une photo du dalaï-lama et recouvert de foulards de soie. En cela, le bourg de Kangsta a bénéficié de son éloignement géographique: la route la plus proche est à une dizaine de kilomètres, et il faut emprunter un sentier vertigineux pour l’atteindre. Dans les grands monastères, bon nombre de corps d’immolés sont saisis par les autorités, craignant les rassemblements hostiles.

Les gens se tuent, car ils n’ont plus d’autre moyen de montrer leur désespoir

Le dalaï-lama, un « loup en robe de moine »

Pendant qu’il mourait, Norbu a hurlé un message indépendantiste. Personne, à Kangtsa, n’ose reprendre ces mots, des plus dangereux. « Si je le répète, je risque d’être condamné à mon tour », craint son ami. Paradoxalement, l’Amdo n’a jamais été sous la souveraineté des dalaï-lamas depuis le XVIIe siècle. Les nombreux liens religieux et culturels avec Lhassa ont créé un sentiment d’unité, certes, mais lorsque le Tibet connut l’indépendance, au cours de la première moitié du xxe siècle, l’Etat d’alors n’englobait même pas ce coin où, aujourd’hui, on brûle pour le Tibet libre. 

« Le sens d’une identité tibétaine commune a été renforcé par les efforts de la République populaire visant à assimiler tous les Tibétains ensemble dans un seul et même groupe », estime Gray Tuttle, professeur au département d’études tibétaines de l’université Columbia, à New York. 

Dans cette région, la Chine n’a imposé ses campagnes d' »éducation patriotique » qu’à partir de l’automne 1997. Le gouvernement ravala les libertés religieuses concédées, au début des années 1980, par le progressiste secrétaire du Parti communiste chinois (PCC), Hu Yaobang. A l’époque, dans la République populaire, on était relativement libre de prier et de vivre sa culture -à l’échelle du Tibet, du moins. Les plus rétrogrades au sein du PCC s’inquiétèrent: en cédant trop, Pékin ne risquait-il pas de perdre le contrôle? Chaque Tibétain fut alors contraint de dénoncer personnellement le dalaï-lama, ce « loup en robe de moine ». 

Chacun évoque la répression, encore plus dure depuis le soulèvement de 2008, pour expliquer les suicides. La région était pourtant faiblement politisée. A la différence des habitants de Lhassa, où nombre de Tibétains n’avaient jamais vu de Chinois avant l’invasion de l’Armée populaire de Libération, en 1951, et où le mélange reste problématique depuis, ceux de Kirti, de Labrang, de Rebkong, les trois monastères autour desquels se déroulent la plupart des immolations, étaient accoutumés à la proximité des Han, l’ethnie majoritaire en Chine. Ici, dépendre de Pékin n’était pas problématique en soi. 

Cela l’est devenu ensuite, lorsque les autorités se sont attaquées à la prière, autour de laquelle s’articule toute la vie dans cette région pieuse. Dans ces contrées, on passe des journées à tourner autour du monastère, ou à parcourir des centaines de kilomètres en pélerinage, le nez dans la poussière, le long de la route nationale. Tout ça pour une religion au sommet de laquelle trône l’un des pires ennemis du régime, le Nobel de la paix de 1989.

Nous apprenons seuls la parole du dalaï-lama, à l’aide de manuels

Tout devint suspect. « Connaissez-vous le dalaï-lama? » demande un fermier de Kangtsa, ami du défunt Norbu. « Il est interdit d’évoquer son message, poursuit-il. Nous n’avons même plus le droit d’apprendre notre propre langue à l’école, il faut apprendre le chinois. Nous apprenons seuls la parole du dalaï-lama, à l’aide de manuels. Mais c’est prohibé par le gouvernement. » 

Dans sa loge, un moine de la région se félicite d’avoir toujours la photo du Prix Nobel de la paix de 1989 sur lui, grâce à une astuce subtile. Le visage du révéré lama apparaît sur son médaillon mais seulement du côté qui colle au bas de son cou, jamais au grand jour. Il sort d’un tiroir les documents que la préfecture est venue tout récemment lui distribuer. Un manuel jaune, en deux volumes, imprimé en décembre 2012 et titré Education idéologique du citoyen

Une circulaire recto verso rappelle, en caractères chinois, ce que le PCC accomplit : l’éducation, l’accès aux soins, les infrastructures. Le dernier paragraphe ne manque pas d’ironie: des officiels chinois communistes y rappellent aux moines tibétains les supposés préceptes… du bouddhisme tibétain – il faut vigoureusement s’opposer au meurtre et au suicide.

Impossible d’obtenir un passeport

L’un et l’autre sont plus ou moins assimilés, d’ailleurs, dans l’esprit du pouvoir. Quelques kilomètres plus haut, une semaine plus tôt, un homme de 27 ans nommé Phagpa a été condamné à treize ans de prison, à l’issue d’un procès sommaire, pour « homicide volontaire » et « séparatisme » – il avait, prétendument, poussé un homme à s’immoler. Au fil des articles de propagande, il se repent et assure qu’il a été parfaitement traité sous les auspices de la sécurité chinoise, qui lui a même inculqué « davantage de connaissances juridiques ».

Confronté à la série des immolations, le PCC serre à nouveau d’un cran. Cinq personnes se sont donné la mort à Hezuo, où une ville nouvelle chinoise s’impose désormais face à l’immense monastère qui fut détruit pendant la Révolution culturelle, puis reconstruit ; deux se sont immolées au pied d’un grand stupa blanc, dont une femme de 26 ans, mère de deux enfants. En réponse, une tente de police protégée par des barricades antiémeutes a été installée à l’entrée du monastère. 

Sur la rue principale qui traverse la ville nouvelle, les casernes paramilitaires se jouxtent. Dans l’une d’elles, six camions de transport de troupes sont garés dans le sens de la sortie, au cas où… La police bloque de fait l’accès de la région à la presse étrangère. Y accéder est un jeu du chat et de la souris, qui ne se gagne qu’en circulant de nuit et sur les routes les plus reculées, en empruntant des cols enneigés avoisinant les 4000 mètres. 

Une vingtaine de kilomètres au nord du village où Wangchen Norbu mit fin à ses jours, un moine de la communauté de Wendu se console comme il peut : il lui reste possible d’exposer une photo du dalaï-lama en plein monastère. Les autorités font semblant de ne pas voir, car personne ne s’est encore immolé dans ce village. Il est pourtant bien incapable d’assurer qu’aucun moine n’en viendra à se tuer ici aussi. Les restrictions sont chaque jour plus pénibles. 

Il était déjà impossible d’obtenir un passeport, le gouvernement voulant bloquer les candidats au départ pour Dharamsala, capitale des exilés, dans le nord de l’Inde. Depuis l’an dernier, il lui est également interdit de se rendre dans la région autonome du Tibet, car Pékin veut éviter que la vague d’immolations n’embrase le Tibet central. « Les Han, eux, peuvent voyager partout, remarque-t-il sur un ton résigné. Nous n’avons pas les mêmes libertés. Nous n’avons pas de droits. Il n’y a aucune autre issue, alors on se tue. »

Skype pris en flagrant délit d’espionnage des conversations en Chine

Skype pris en flagrant délit d’espionnage des conversations en Chine

La relation entre Skype et le gouvernement chinois vient de subir un éclairage violent. Un étudiant de l’université du Nouveau-Mexique a en effet révélé que la version modifiée du client VoIP disposait de mécanismes de détection pour trouver des mots clés faisant partie d’une importante liste. Explications.

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Le travail d’un étudiant 

Jeffrey Knockel est un étudiant de 27 ans de l’université du Nouveau-Mexique à Albuquerque. En avril 2011, un conseiller de l’université lui parle d’un document rédigé par un chercheur canadien, Nart Villeneuve. Ce dernier indiquait avoir découvert que des serveurs chinois pouvaient stocker des conversations Skype une fois qu’elles avaient été marquées par des signaux inconnus. Une surveillance était déclenchée sur des mots particuliers, mais il était alors impossible de savoir lesquels. Un seul mot semblait certain : « fuck ».

 

Knockel décide de s’emparer du problème et de télécharger alors une copie de Skype en provenance de Chine. Il faut savoir que cette version très particulière n’est pas la même que celle que l’on trouve dans le reste du monde. Elle est éditée par une coentreprise constituée de Skype mais surtout de TOM Online, l’un des plus gros opérateurs et fournisseurs Internet du pays. Un FAI qui déjà en octobre 2008, interrogé sur la censure, avait répondu être une entreprise chinoise et devant donc suivre les lois du pays.

Recherche binaire de longue haleine

Une fois TOM-Skype installé, Knockel s’est lancé à la recherche de la liste. La trouver ne fut pas le plus difficile. Son schéma de données était par contre changeant, les mots étant noyés dans des données inutiles et changeant de place. Après avoir obtenu une copie de la liste, il a procédé par recherche binaire. Partant du principe que le mot « fuck » y était contenu, il a divisé la base en deux et a cherché l’occurrence. La partie dans laquelle le mot n’était pas était alors éliminée. Il a ensuite divisé à nouveau la partie restante, et ainsi de suite jusqu’à isoler le mot dans le fragment de liste restant.

 

Après avoir acquis une certaine connaissance de la manière dont a été conçue la liste, l’étudiant d’Albuquerque a commencé à isoler davantage de mots. Il en est aujourd’hui à environ 2000 expressions, soit des mots isolés, soit des phrases, parmi lesquels :

  • Droits de l’homme
  • Reporters sans frontières
  • BBC News
  • Révolution de jasmin
  • Îles Diaoyu
  • Protestations étudiantes
  • Amnesty International
  • Manifestation
  • Incident de juin
  • Jon Huntsman

Mot détecté, conversation archivée

Mais comment le système fonctionne-t-il au juste ? Comme l’a expliqué Jeffrey Knockel à Bloomberg, la surveillance se fait sur la partie texte de Skype, non sur la partie téléphonique. Les conversations sont surveillées et l’envoi d’un message contenant au moins l’un des mots de la liste noir provoque immédiatement l’émission d’un signal. L’ensemble de la conversation est alors enregistré et envoyé à des serveurs distants. Le nom du compte, l’heure et la date sont également dans le lot, ainsi qu’une indication spécifiant si le message a été envoyé ou reçu par l’utilisateur.

 

Plusieurs éléments sont assez significatifs. Par exemple, la liste est mise à jour très régulièrement. En fait, chaque nouvelle connexion du client au réseau vérifie la présence d’une nouvelle version. Dans les ajouts récents, on trouve l’inclusion du mot « Ferrari » faisant référence à la mort dans un accident du fils d’un membre haut-placé du Parti. Plus étonnant, certaines adresses précises sont référencées, signe que des personnes particulières sont surveillées. Autre information importante : si un utilisateur de Skype classique discute avec un contact chinois se servant de TOM-Skype, la surveillance s’applique également. Ainsi, si vous êtes en France et que vous mentionnez les droits de l’homme ou les évènements de Tiananmen, votre contact en Chine se verra repéré et la conversation sera enregistré et envoyée, dans l’optique probablement d’un examen plus approfondi.

Microsoft reconnaît que TOM-Skype obéit aux lois chinoises

Alors que se tiendra aujourd’hui une présentation à Boston des travaux de Jeffrey Knockel, les réactions des principaux intéressés sont mitigées. Tom Online n’a pas répondu aux demandes de l’étudiant, mais Microsoft, qui entre temps a racheté Skype pour 8,5 milliards de dollars, a fourni une introduction au parfum floral : « La mission de Skype est d’abattre les barrières de la communication et de permettre des conversations mondiales. Skype s’engage à une amélioration constante de la transparence pour l’utilisateur final, où qu’il soit ». La suite avait cependant des relents de souffre : « en Chine, le logiciel Skype est conçu via une coentreprise avec TOM Online. En tant que partenaire majoritaire dans la coentreprise, TOM a établi des procédures pour remplir ses obligations vis-à-vis des lois locales ». Une reconnaissance indirecte qu’un logiciel portant l’estampille maison a été modifié pour être adapté aux lois chinoises.

 

Concernant Microsoft, l’étudiant se dit déçu, attendant « mieux de la part » de la firme. Il rappelle d’ailleurs qu’elle est un des membres fondateurs de la Global Network Initiative qui milite pour une responsabilité des entreprises dans le domaine de la liberté d’expression. Un conflit évident dans la communication du géant sur lequel Jeffrey Knockel espère des réponses plus précises dans l’avenir.

 

Difficile également de ne pas repenser à la lettre ouverte en janvier dernier adressée à Microsoft par des individus, journalistes et autres, ainsi que des associations. Une lettre qui demandait à la firme justement une plus grande transparence dans les protocoles de sécurité pour garantir le respect de la vie privée et la liberté d’expression.

« Airpocalypse » en Chine

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« Airpocalypse » en Chine.

Un joli ciel bleu…

Pollution à Pékin

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Pollution à Pékin.

L’armée chinoise liée aux cyberattaques contre les États-Unis.

Article ZDNet

    Des attaques informatiques perpétrées contre les États-Unis auraient été lancées depuis la périphérie de Shangai où s’activent armée et hackers chinois, d’après la firme Mandiant.

Dans le cyberespace, les États-Unis ont trouvé un ennemi à leur démesure : la Chine…

D’après une étude Mandiant dont s’est fait l’écho le New York Times*, une série d’attaques perpétrées contre les États-Unis – ses entreprises, médias et administrations – aurait été lancée depuis un quartier périphérique de Shanghai.

    L’unité 61398 et le groupe de Shanghai

Dans ce quartier serait érigée une tour abritant le siège de l’unité 61398 de l’armée populaire de libération chinoise. De plus, des hackers membres du « Shanghai Group » ou « Comment Crew », prétendument à l’origine d’au moins 140 intrusions depuis 2006, auraient été repérés dans le voisinage, observe Mandiant.

Pour le fondateur et directeur général de la firme américaine spécialisée dans la sécurité informatique, Kevin Mandia, soit les hackers évoluent au sein de l’unité 61398, soit les autorités chinoises ne savent quelle attitude adopter face à « des milliers de personnes » à l’origine de cyberattaques lancées depuis ce quartier.

D’autres spécialistes de la sécurité IT, ainsi que les services de renseignement américains, estiment que de nombreux groupes de hackers en Chine sont dirigés par des officiers ou des prestataires qui travaillent pour l’armée chinoise.

    La diplomatie à l’ère des cyberattaques

Contactés par le New York Times, des diplomates chinois installés à Washington ont affirmé que le gouvernement de leur pays n’est pas impliqué dans ces attaques informatiques, une pratique illégale de surcroît.

Ils ont ajouté que la Chine est elle-même victime de cyberattaques et que de nombreux groupes de pirates informatiques sont installés aux États-Unis, et ce malgré le renforcement de la cybersécurité par l’administration Obama.

*La société Mandiant a été engagée par The New York Times Company pour enquêter sur des attaques informatiques menées à l’encontre du journal. Les deux parties ne sont plus aujourd’hui liées par un contrat, mais des discussions commerciales sont en cours.

Rue89

Une société américaine a espionné un groupe de hackers pendant 6 ans ; cette filature 2.0 l’a menée à l’Unité 61398, cyber-cellule secrète de l’armée chinoise.

Après l’arroseur arrosé, voici le hacker hacké. Dans une vidéo mise en ligne sur YouTube ce lundi, l’entreprise de sécurité informatique américaine Mandiant montre en direct comment un groupe de hackers chinois, qu’elle a nommé APT1 (Advanced Persistent Threat), s’est introduit dans les réseaux d’organisations occidentales pour y dérober des fichiers confidentiels.
Vidéo de Mandiant en train d’espionner des hackers chinois

Cette vidéo, qui accompagne un rapport de 60 pages [PDF] publié mardi par la firme sur son site, est venue aggraver un climat déjà tendu entre les Etats-Unis et la Chine.

La semaine dernière déjà, le rapport secret du National Intelligence Estimate, réalisé grâce au travail conjoint de 16 agences de renseignement américaines, avait désigné la Chine comme le pays le plus agressif en matière d’attaques sur les systèmes informatiques de la première puissance mondiale.

En s’en prenant à des entreprises liées à l’énergie, la finance, l’aérospatial ou encore l’automobile, les hackers chinois auraient fait perdre des dizaines de milliards de dollars à leur rival.

Répartition des attaques du groupe pirate APT1 (rapport Mandiant)

Secteurs ciblés par les attaques d’APT1 (rapport Mandiant)
Ce document semblait confirmer les inquiétudes exprimées par Google, Twitter et quelques grands médias américains. Ceux-ci ont constaté de nombreuses intrusions ces derniers mois, imputées plus ou moins ouvertement au gouvernement chinois.

Eric Schmidt, le patron de Google, est allé jusqu’à qualifier la Chine, dans un livre à paraître prochainement, de « superpuissance la plus dangereuse au monde ».

Guet-apens et filature

Là où le nouveau rapport signé Mandiant est original – et lourd de conséquences –, c’est qu’il passe de la conjecture à la preuve, au terme d’une longue enquête.

Ce travail, digne d’un bon thriller américain, a été réalisé dans le plus grand secret. Six années auront été nécessaires pour réunir des preuves quasi irréfutables de l’existence d’un lien entre le gouvernement chinois et un groupe de pirates basé à Shanghai.

Les agents de Mandiant ont eu accès aux réseaux internes de nombreuses entreprises américaines avec leur accord, et ont attendu que les hackers pointent leur nez et opèrent avant de les suivre à la trace.

Une piste qui les a menés jusqu’à un immeuble de douze étages dans le quartier du Pudong à Shanghai. D’apparence tout à fait quelconque, discrétion oblige, le bâtiment abriterait en réalité le quartier général de l’Unité 61398 de l’Armée populaire de libération.

Quartier général de l’Unité 61398 (rapport Mandiant)

Dans l’enceinte de ces murs blancs, des informaticiens de talent ont bombardé pendant des années 141 entreprises américaines de faux e-mails, libérant un virus espion au moindre clic (« spearphishing »).

Cyber-Pearl Harbor

Plus grave qu’un simple espionnage industriel, un certain type d’attaques a particulièrement inquiété les autorités. Certaines d’entre elles ne se seraient pas limitées au vol d’informations confidentielles, mais auraient eu pour but de prendre le contrôle d’infrastructures stratégiques, presque avec succès.

En septembre, la filiale canadienne de Telvent a été piratée. L’entreprise fabrique des logiciels permettant aux entreprises de gazoducs et oléoducs de contrôler à distance les valves et les systèmes de sécurité de leur réseau ; ces clients représentent plus de la moitié des pipelines en Amérique. L’entreprise a tout juste eu le temps de couper les accès avant que les intrus n’aient pu prendre les commandes.

On imagine aisément les dégâts que pourrait causer une attaque mal intentionnée qui parviendrait à contrôler les vannes d’un barrage, les feux d’un réseau routier ou les systèmes de transmission d’une tour de contrôle dans un aéroport.

Léon Panetta, secrétaire d’Etat à la Défense américain et ancien directeur de la CIA, est allé jusqu’à parler d’un risque sérieux de « cyber-Pearl Harbor », une image toujours très vivante dans l’imaginaire américain.

Les preuves

Quelles preuves que le groupe de pirates baptisé APT1 et l’Unité 61398, le très discret (et ronronnant) mais officiel second bureau du troisième département de l’état-major de l’Armée populaire de libération, ne font qu’un ?

Un faisceau de plus 3 000 indices ont été récoltés par Mandiant ; du béton armé pour son directeur Kevin Mandia, contacté par le New York Times :

« Nous croyons qu’APT1 est capable de mener à bien une campagne d’espionnage aussi extensive sur Internet parce qu’il reçoit un soutien direct du gouvernement. […] Soit les membres [d’APT1] viennent de l’Unité 61398, soit les gens qui dirigent le réseau internet le plus contrôlé et surveillé de la planète ne sont pas au courant que des milliers d’individus lancent des attaques dans leur voisinage. “

La conclusion du rapport ne laisse d’ailleurs aucun doute quant aux convictions de ses auteurs sur les possibles liens entre gouvernement chinois et hackers d’APT1 :

‘Soit une organisation secrète, ultra-spécialisée, remplie d’individus parlant chinois et ayant un accès direct aux infrastructures de télécommunication de Shanghai est impliquée dans une entreprise d’espionnage industriel depuis des années au nez et à la barbe de l’Unité 61398, exécutant des tâches similaires à la mission connue de l’Unité 61398 ; soit APT1 est l’Unité 61398.’

Guerre froide 2.0

On aurait pu s’attendre à ce que les preuves accablantes de ce rapport aggravent les tensions entre les deux superpuissances économiques. Pourtant, pour des raisons commerciales et diplomatiques évidentes, il est très probable qu’aucune des deux parties ne haussera le ton.

Contactés par le New York Times, les diplomates de l’ambassade de Chine à Washington ont assuré aux journalistes que leur gouvernement ne pratiquait pas de piratage informatique, avant de souligner que leur propre pays était victime de piratages dont beaucoup provenaient de groupes basés aux Etats-Unis.

Barack Obama a quant à lui évoqué le danger des cyber-attaques lors de son discours sur l’Etat de l’Union ce week-end, mais s’est abstenu de désigner les coupables ou de citer la Chine en exemple.

La politique de défense informatique américaine pourrait pourtant se durcir dès aujourd’hui. Une directive signée par le Président la semaine dernière prévoit de partager avec les fournisseurs internet américains les infos que le gouvernement a rassemblées sur les groupes de hackers basés à Shangai.

La Maison Blanche serait également en train de peaufiner une réglementation qui donnerait au Président des pouvoirs de ripostes en cas de cyber-attaque, similaires à ceux qu’il a déjà en matière d’usage des drones.

Voir aussi

Article de FranceTV
Article du Courrier International

Le ministère chinois de la Défense a également répondu aux accusations selon lesquelles l’armée chinoise aurait participé à des attaques de hackers. Le site chinois Sina.com relaie le communiqué du ministère : « les attaques de hackers sont un problème de nature mondiale. Comme tous les autres pays, la Chine est aussi confronteé à de graves menaces d’attaques sur Internet, elle est l’un des pays les plus attaqués au monde. La loi chinoise interdit les attaques de hackers et tout autre acte nuisant à la sécurité d’Internet ; le gouvernement chinois combat avec détermination les activités criminelles de ce type ; l’armée chinoise n’a jamais soutenu la moindre activité de hacker. »

Comment ne pas être cyberespionné ?

Le Monde.fr : à la Une

Comment ne pas être cyberespionné ?.

Le New York Times vient de révéler que l’ensemble des mots de passe de ses employés du journal avaient été dérobés par des pirates informatiques particulièrement chevronnés : si leur intrusion a semble-t-il été rapidement identifiée, il aurait fallu quatre mois pour les professionnels de la sécurité informatique recrutés par le NYT pour parvenir à les « expulser » (sic).

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